A tous ceux qui s'intéressent aux dérives dangereuse du Sarkozisme et à ça culture du résultat.

Comment le pouvoir manipule les statistiques. Tel est le sous-titre de l'ouvrage Le grand trucage, à paraitre le 14 mai 2009. Écrit par un collectif de fonctionnaires de la statistique publique au bord de la crise de nerf, il dénonce les publications sur des thèmes sensibles annulées ou reportées, des changements d'indicateurs collant davantage aux objectifs politiques, le discrédit jeté sur des organismes produisant les statistiques… Exemples précis à l'appui, Lorraine Data - un pseudonyme - décrit des dérives gouvernementales pour contrôler l'information économique et sociale.
Article du Canard Enchaîné du mercredi 13 mai 2009 (Alain Guédé)
Maquillage des indices, bricolage des résultats, torture des pourcentages, un collectif de statisticiens se penche sur l'usage des chiffres dans les discours politiques. Faites chauffer les calculettes !
Sarkozy en a fait un procédé pour valoriser son bilan ou critiquer l'héritage légué par ses prédécesseurs, il brandit chaque fois une statistique.
Et si, au nom de « la culture du résultat », il assigne un objectif – pour 2012 évidemment – à ses ministres, c'est toujours en termes de chiffres. Dans la bouche de Sarkozy et dans celle de son équipe, les chiffres ont pour vocation d'asséner une vérité indiscutable.
Mais si ce déluge de certitudes n'était que la version moderne du mensonge ? C'est ce que décrit, en 180 pages serrées, « Le grand truquage », un livre que publie, cette semaine, La Découverte. Sous le pseudonyme de Lorraine Data, se cachent des statisticiens travaillant à l'Insee ou dans les principaux ministères concernés. Constats, bilans, promesses : ils ont tout épluché. Et le truquage des mesures atteint la démesure !
Les diaboliques auteurs du « Grand truquage » se sont amusés à mesurer ce qu'une telle méthode aurait donné entre 1997 et 2002. Le nombre de pauvres aurait mathématiquement diminué de 40% ! Comme aurait dit l'Abbé Pierre : « Quand on compte, on n'aime pas ! »
Les tests miracles de Darcos. Le 16 mai 2008, Xavier Darcos s'exprimait devant le Sénat : « Nous avons, disait-il, le système éducatif le plus coûteux du monde – ou quasiment – et le moins efficace.» Le 15 février de la même année, Sarkozy ordonne donc à son ministre de « diviser par trois, en cinq ans, le nombre d'élèves qui sortent de l'école primaire avec de graves difficultés.»
Un double bonnet d'âne pour l'élève Darcos, qui ne lit même pas les rapports de l'OCDE (l'Organisation européenne de coopération économique qui aide les gouvernements à répondre aux défis, économiques, sociaux et de gouvernance) . Celle-ci place pourtant la France, en termes de performances du système scolaire, dans la moyenne et devant, entre autres, la Norvège et les Etats-Unis. Quant à l'amélioration des résultats exigés par Sarkozy, nos braves statisticiens masqués ont déjà compris comment Darcos allait tenir parole. Les tests (en cours dans deux classes du primaire) ont été établis sans aucune rigueur scientifique. A la veille de la prochaine présidentielle, il suffira de les modifier un poil, de « déplacer le curseur », comme ils disent. En bon français, les quiz seront parsemés de questions fastoches qui permettront de mettre en évidence une formidable progression. Un vrai cas d'école.
Coup d'extincteur sur le paupérisme. Le 27 octobre 2007, Martin Hirsch se donnait pour objectif de réduire d'un tiers la pauvreté en cinq ans. Statistiquement, le pari est d'ores et déjà gagné. Pour une raison bien simple : l'ancien disciple de l'Abbé Pierre a jeté à la déchetterie l'indicateur Eurostat de mesure de la pauvreté utilisé dans toute l'Europe. A la place, il a bidouillé son système à lui, qui consiste à voir combien de personnes considérées comme « impécunieuses » auront, en 2012, le même revenu, augmenté de l'inflation. Tous ceux dont les ressources auront progressé ne seront plus considérés comme pauvres.
Les délices de Brice. Le 9 juillet 2007, Sarkozy avait demandé à son ministre de l'Immigration de « fixer des objectifs exigeants en termes de reconduite à la frontière.» Selon Brice Hortefeux, qui a fanfaronné avant de laisser la place à Eric Besson, ses services ont procédé à 39 796 reconduites en 2008, soit une hausse considérable.
Plus de 10 000 de ces « expulsions » sont en fait des « retours volontaires » ont calculé nos impitoyables statisticiens. Des Roumains pour l'essentiel (donc citoyens européens) se sont astucieusement fait « reconduire », c'est-à -dire payer un aller Paris-Bucarest, avant de revenir…
Des indicateurs ripoux. De 2002 à 2207, le total des crimes et délits a chuté de 12,8%, répète triomphalement la ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie. Le taux d'élucidation des délits a bondi de 26,3% en 2002 à 36,1% en 2007 !
Ces chiffres présentés comme une mesure du taux de délinquance, ne sont que le bilan de l'activité de fonctionnaires (police et gendarmerie) , démontrent les auteurs. Or, comme dans une scène célèbre des « Ripoux », les astuces abondent pour améliorer les statistiques : refuser d'enregistrer des plaintes, consigner les délits uniquement sur la main courante ( qui n'est pas prise en compte), inscrire plusieurs faits dans un seul enregistrement, déclasser un délit en contravention, etc. En suite les statistiques montrent un effondrement des vols de voitures. C'est aussi que grâce à l'ingéniosité des constructeurs, nombre de modèles sont devenus aussi inviolables qu'une bijouterie de la place Vendôme.
Quant à la spectaculaire amélioration des taux d'affaires résolues par la police et la gendarmerie, elle est, selon les briseurs de rêves de ce livre, le résultat de la priorité donnée aux délits pour lesquels le coupable est pincé dès le constat de son forfait. Séjours irréguliers d'étrangers et fumeurs de joints représentent à eux seuls 40% de l'augmentation du nombre de faits « élucidés » en 2007.
Et il reste encore des truquages de statistiques non élucidés…